Accueillir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Cueillir ). XI e siècle, acoillir, « pousser », aquallir, « assaillir » ; XII e siècle, accuillir, au sens 2. Du latin populaire accolligere, dérivé de colligere, « réunir, rassembler, ramasser », d'où « recueillir ».
1. Aller au-devant de quelqu'un à son arrivée. Je vais mon cousin à la gare. Accueillir un chef d'État.
2. Recevoir de telle ou telle manière. Il nous a accueillis froidement, chaleureusement. Vous serez accueilli à bras ouverts. Il a été accueilli par des sifflets. Ils m'ont accueilli comme un frère. Spécialt. Admettre quelqu'un au sein d'une assemblée, d'une association. Accueillir un nouveau venu dans une société savante. Par ext. Réserver tel ou tel accueil. L'assemblée accueillit plutôt mal cette proposition. On a accueilli son projet avec sympathie, sans enthousiasme. Cette nouvelle a été accueillie avec scepticisme.
3. Donner l'hospitalité à quelqu'un. Ils nous ont accueillis chez eux durant trois semaines. Ce centre accueille les réfugiés, les indigents. Par ext. Recevoir, admettre. Ce service hospitalier accueille les victimes d'accident de tout le département.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme CUEILLIR.) Recevoir bien ou mal quelqu'un qui arrive ou par qui l'on est abordé. "Il nous a accueillis de la manière la plus aimable. Il nous a accueillis très froidement."
Il se dit quelquefois figurément en parlant des Choses. "Il accueillit fort mal cette proposition, cette demande."
Il s'emploie aussi figurément à propos d'Événements qui, en général, ne sont pas attendus, qui surprennent. "La tempête, le vent les accueillit. Le détachement, en approchant du bois, fut accueilli à coups de fusil. Être accueilli par des huées, par des applaudissements."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Recevoir bien ou mal une personne ou une chose. Accueillir quelqu'un chez soi. Il m'accueillit avec bonté. Nulle part la députation ne fut bien accueillie. Ils ent favorablement ces ouvertures. Les paroles de l'orateur furent accueillies avec des acclamations. Ce discours fut bien accueilli par le peuple. Accueillir légèrement une médisance, une accusation. Accueillir avec chaleur une idée.
BOURD.: « Jamais son père ne l'accueillit [l'enfant prodigue] avec plus de douceur ni plus d'affection ; jamais il ne parut plus sensible pour lui »

 2   Accueillir, sans adverbe ou locution adverbiale qui le modifie, signifie toujours bien . Accueillir une proposition. Ils accueillaient cet espoir de liberté.
BRIFAUT: « J'ai daigné dans ces lieux D'une femme plaintive la prière »
VOLT.: « On m'accueille, on me flatte »
VOLT.: « On y voit avec joie, on accueille, on honore Tous ceux qu'à votre nom le zèle attache encore »
LAMART.: « Et toi, Marseille, assise aux portes de la France, Comme pour ses hôtes dans tes eaux.... »

 3   Accueillir, en parlant d'événements fâcheux qui surviennent. Nous fûmes accueillis de la tempête à la sortie du port. Un feu meurtrier accueillit le régiment.
MAIR.: « Depuis que cette tache eut obscurci ma vie, Il n'est point de malheur qui ne m'ait accueillie »

REMARQUE
    Bouhours dit : ' Ce verbe est presque passé ; on ne s'en sert plus en bonne part. On pourrait encore l'employer en mauvaise part dans le figuré : Accueilli de toutes sortes de malheurs. ' Et Th. Corneille, approuvant, ajoute qu'au lieu de : Il a été favorablement accueilli, on dit : Il a été bien reçu. Le fait est qu'on ne trouve pas souvent au sens actuel dans les auteurs du siècle de Louis XIV ; mais le fait est aussi que est rentré dans la plénitude de l'usage.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. 53: Les aquillit et tempeste et oret
    XIIème siècle
     Ronc. 89: Droit vers Espaigne [il] a sa voie acoillie
     Th. le Mart. 139: Donc se sont enbrunchié li quatre forsené, N'acuilent ses salus, ne ne l'ont salué
     ib. 58: L'arcevesques Thomas sovent le mercia De son bel acuilleir, et que tant l'onura
     ib. 51: De saint Jame par Flandres son chemin [il] acuilli
     ib. 42: Sire, fait il, pur Deu, nel faites pas ainsi ; Laissiez ester cel plait, qu'avez ore acuilli
     Raoul de C. 230: Lor agait mettent dedens un val parfunt ; La proie acollent et à val et à munt
     Couci, XXI: S'avec ces biens [beauté et courtoisie] acuilliez felonie, Vostre fin cuer en feriez blasmer
    XIIIème siècle
     Ren. 2390: Tybert a laissié le plaidier ; Si aqeut [prend] l'andoille à mangier
     ib. 16388: Lietard, qui plus celer ne veut, Ne se targe que il n'aquelt [aborde] Le garçon que il doute et crient
     ib. 8534: En vostre foi, car dites ore Qui est li pires ne li mieudre ; Chascun se velt as bons acueudre
     Ass. de Jér. 109: Il convient faire preuve comment il puisse acuillir la preuve à soi, quand besoin lui est
     ib. I, 210: Je n'acueill le congié sans la paie de ce que voz me devez
     Berte, 29: Me gart l'heür que beste m'y aient acueilloite
     ib. 108: Un grant cerf ont trové, celui ont acueilli [se sont mis à sa poursuite]
RUTEB.: « Chapelez ont de fleur vermeille Qui trop est bele à grand merveille, Quant ele est freschement cueillie ; Mais quant li chauz l'a acueillie, Tost est morte, matie et mate »
     la Rose, 11206: Si sont il mort [je les tuerai], s'il ne m'acoillent
JOINV.: « Quant il ot aqueillie sa praie [proie].... »
DU CANGE: « Pour moi et mes successeurs en leur priere »
    XIVème siècle
DU CANGE: « Jehan coustelier se alloua ou accueilli à un maistre du dit mestier »
    XVème siècle
FROISS.: « Sur le point du jour ils vinrent devant Courtray, ent, entour soleil levant, toute la proie de là environ »
    XVIème siècle
AMYOT: « Quand les Romains se perforçoient de gravir contre mont, ilz estoient accueilliz de force coups de dard et de trait qu'ilz leur donnoient de çà et de là par les flancs »
AMYOT: « La bouche de la riviere du Rosne avoit accueilli tant de vase et si grande quantité de sable, que les ondes de la mer y amassoient et entassoient, que.... »
D'AUB.: « A Aubigné s'accueillent [se joignent] trente gentilshommes ou capitaines »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, acoï, assaillir ; provenç. acuelhir ; catal. acullir ; ital. accogliere ; de accolligere, de ad, à, et colligere (voy. CUEILLIR). L'italien est le seul qui ait été fidèle à la conjugaison latine ; les autres ont changé la conjugaison de 3e en 4e : accolligire pour accolligere. Le vieux français qui avait un infinitif acueudre, akeudre, le tirait par contraction de accolgere, d'où une conjugaison qui se suivait sur ce type.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    ACCUEILLIR. Ajoutez :

 4   En Saintonge, un domestique, se dit pour louer un domestique, faire le marché de louage.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il se conjugue comme "Cueillir.") Recevoir quelqu'un qui vient à nous, qui se présente chez nous. "Il nous a accueillis de la manière du monde la plus honnête. Il nous accueillit très-froidement."
Il se dit quelquefois figurément, en parlant Des choses. "Il accueillit fort mal cette proposition, cette demande."
Il se dit aussi, figurément, De tous les accidents fâcheux qui arrivent à quelqu'un. "La tempête, le vent les accueillit. Ils furent accueillis de l'orage. Le détachement, en approchant du bois, fut accueilli par une décharge de coups de fusil. La misère, la pauvreté, tous les malheurs du monde l'ont accueilli." Dans cette dernière phrase, on dit plus ordinairement, "Assailli."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


(Il se pronon. "Akeuillir," et se conjugue comme "Cueillir". ) Recevoir quelqu'un qui vient à nous. "Il nous accueillit de la manière du monde la plus honnéte. Il nous accueillit fort froidement".
On le dit aussi quelquefois figurém. Des choses. "Il accueillit fort mal cette proposition".
Il se dit figurément De tous les accidens fâcheux qui arrivent à quelqu'un. "La tempête, le vent les accueillit. Ils furent accueillis de l'orage. La pauvreté, la misère, tous les malheurs du monde l'ont accueilli".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


(Il se conjugue comme "Cueillir.") Recevoir quelqu'un qui vient à nous. "Il nous accueillit de la manière du monde la plus honnête. Il nous accueillit fort froidement."
Il se dit figurément de tous les accidens fâcheux qui arrivent à quelqu'un. "La tempête, le vent les accueillit. Ils furent accueillis de l'orage. La pauvreté, la misère, tous les malheurs du monde l'ont accueilli."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou ACUEUILLIR, v. a ["A-keu-gli", mouillez les "ll"; tout bref. Voyez ACCUEIL.] Recevoir quelqu'un qui vient à nous.
- Suivant le P. "Bouhours", on ne doit pas se servir de ce verbe en bone part; et au lieu de dire, il "a été" favorablement "acueilli", on doit dire, il "a été bien reçu", on "lui a fait un accueil favorable".
- Il souffrait "acueilli" au figuré: "acueilli de" la tempête, "de" toute sorte de malheurs. Il aprouve même "accueilli de" la fièvre. D'autres, dit "Th. Corneille", veulent qu'il soit beaucoup mieux de dire, "batu de" la tempête, "surpris de" la fièvre, "acablé de" toute sorte de malheurs. Cette dernière opinion paraît la plus sûre. Cependant l'"Acad." aprouve "Acueillir" sans exception dans tous ces sens différens; et les bons Auteurs s'en servent sans scrupule. 'L'Histoire de "Saladin" (par M. "Marin") "fut bien accueillie des" Gens de Lettres.
   ACUEILLIR se conjugue comme "cueillir". Voy. ce verbe.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Recevoir quelqu'un qui vient vers nous. "Il nous accueillit de la maniere du monde la plus honneste. le Prince la fut . c'est un homme qui fait bien les honneurs de chez luy, il nous a accueillis fort froidement".
Il se dit fig. De tous les accidents fascheux qui arrivent à quelqu'un. "La tempeste, le vent les accueillit. ils furent accueillis de l'orage. la pauvreté, la misere & tous malheurs du monde l'ont accueilli".




Emplacement dans le dictionnaire :

accroupir (s')
accroupir (s')
accroupissement
accru
accrue
accu
accueil
accueillant
accueilli

accul
acculée
acculement
acculer
accumulateur
accumulation
accumulé
accumuler
accusable
accusateur
accusatif




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...étrangères. Je pense d'ailleurs qu'il ne faut jamais hésiter à faire entrer la science dans la littérature ou la littérature dans la science ; le temps des belles ignorances est passé ; on doit accueillir dans son cerveau tout ce qu'il peut contenir de notions et se souvenir que le domaine intellectuel est un paysage illimité et non une suite de petits jardinets clos des murs de la méfiance et du...


Citation n°2 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...la superstition scientifique, nous avons donné aux pédants tout pouvoir sur une activité intellectuelle qui est du domaine absolu de l'instinct ; nous avons cru que notre parler traditionnel devait accueillir tous les mots étrangers qu'on lui présente et nous avons pris pour un perpétuel enrichissement ce qui est le signe exact d'une indigence heureusement simulée. Il n'est pas possible qu'une langue...


Citation n°3 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...au fond de mes tiroirs. Le coup d'état, qui vint peu après, acheva de me rattacher à la revue des deux mondes et au journal des débats, en me dégoûtant du peuple, que j'avais vu, le 2 décembre, accueillir d'un air narquois les signes de deuil des bons citoyens. Les travaux spéciaux, les voyages, m'absorbèrent ; mes origines du christianisme, surtout, pendant vingt-cinq ans, ne me permirent pas de...


Citation n°4 de Henri MURGER (Scènes de la vie de jeunesse)

...aux épines de la vérité, à l'âge où l'on commence à peine à respirer l'enivrant parfum des mensonges. Lorsqu'on rencontre quelques-uns de ces malheureux mutilés par l'expérience, il faut les accueillir avec une pitié secourable ; on ne peut interdire la plainte aux blessés, et l'ironie et le blasphème d'un sceptique de vingt ans ne sont bien souvent que le râle de sa dernière illusion. Le motif...


Citation n°5 de Alexandre DUMAS fils (L'Ami des femmes)

...que je lui menasse tous mes invités, parce que vous étiez du nombre, car il ne pouvait y avoir d'autres raisons à cette inconvenance ; enfin, quand je vous ai présenté à elle et que je l'ai vue vous accueillir comme elle eût fait d'un véritable inconnu, j'avoue que j'ai été émerveillée de son aplomb, et que j'ai continué à croire qu'elle n'en était pas à son coup d'essai. Ce que vous venez de me raconter...


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